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Entretien avec Martial Saddier sur l’eau et ses enjeux
SAGE – SM3A – GEMAPI : 3 concepts importants !

Compte tenu de l’évolution actuelle de notre territoire, par son attractivité, son dynamisme et  la  croissance  de sa population permanente et touristique mais aussi au regard des changements climatiques en cours et à venir, il apparaît que l’eau et sa gestion constituent un enjeu central.
Pouvez-vous nous donner un état des lieux de la ressource en eau et décrire la stratégie mise en place afin de garantir une bonne gestion de cette ressource ainsi que sa pérennité ?
 
Commençons tout d’abord par préciser le contexte. Aujourd’hui en France on identifie la ressource par la notion de bassin versant. On définit la qualité et la quantité à l’échelle du bassin qui va du Mont-Blanc à Genève. L’eau existe sur ce bassin sous différentes formes. Par exemple, 6% de la quantité se trouve sous forme de glace. La quantité stockée en glace correspond à 3 années de débit en eau de l’Arve de Chamonix à Genève. La pluviométrie correspond à 1200 à 2000 litres/m2 selon les années. Les réserves sont contenues dans les nappes stratégiques.
 
Une difficulté importante réside dans le fait que nous devons réfléchir à l’échelle du bassin versant car il n’y a pas de connexion directe entre l’endroit où l’eau est consommée et le lieu où elle est stockée. La ville d’Annemasse, par exemple, est un gros consommateur d’eau alors qu’elle n’a pas de ressource.
 
Un second décalage réside dans le fait que certaines zones ont une consommation linéaire alors que d’autres ont une consommation importante au moment précis où il y a moins d’eau. C’est le cas des stations de ski en hiver où la ressource en eau est amoindrie à cause du gel.
 
C’est pourquoi il faut réfléchir à l’échelle du bassin. On doit préserver le stock et avoir une réflexion globale pour répondre à tous les besoins. Pour arriver à ce but, Il faut quantifier et identifier les lieux où il y a de l’eau en qualité et en quantité. Il faut donc protéger et voir quelle quantité raisonnable on peut prélever pour que la ressource se recharge afin d’assurer la pérennité.
 
C’est ce que l’on appelle la gestion durable de la ressource. C’est le but de SAGE (Schéma d’Aménagement de Gestion des Eaux).
Ce travail a été commencé en 2001. 9 nappes stratégiques de 40 à 50 mètres de profondeur ont été identifiées sur notre territoire. À l’époque glaciaire ont été creusées des saillies. Ces saillies sont remplies de gravier et là se trouve de l’eau en grande quantité protégée par une nappe d’argile. Ces nappes stratégiques se trouvent à Saint-Julien, Etrembières, Arthaz, Scientrier, Bonneville, Saint-Pierre, Marignier, Chamonix et la vallée du Giffre). Le SAGE a cartographié ces zones et fait des préconisations pour les protéger.
 
Pour compléter ces nappes viennent les zones gravitaires. Il s’agit de l’eau qui coule des montagnes. C’est un bon complément mais qui peut être parfois fragile sur la qualité notamment. En effet, en cas d’orages violents par exemple, la qualité de l’eau peut être impactée. Ayze est équipée de réservoirs pour stocker l’eau qui descend du Môle. Nous devons nous assurer qu’il y ait toujours de l’eau en qualité et en quantité. De nombreux contrôles sont effectués tout au long de l’année dans les réservoirs. Pour pallier tout problème éventuel, lors de la construction du pont aval, des tuyaux d’eau ont été placés sous le pont. Aujourd’hui la piscine ainsi qu’une partie de la zone artisanale d’Ayze est fournie en eau grâce à la nappe stratégique de Bonneville.
 
Si le SAGE n’existait pas, la ressource en eau ne serait pas identifiée et protégée. Il y aurait un risque de ne pas avoir assez de ressources pour le développement économique de notre vallée. Aujourd’hui notre ressource est sécurisée. Il reste du travail à effectuer afin de compléter le maillage des grandes nappes entre elles. D’ailleurs c’est le travail auquel on s’attèle actuellement. À ce jour, nous avons 200 kms de maillage. Comme vous l’aurez compris, le but est d’assurer la livraison en eau dans toutes les zones, même si une nappe stratégique venait à défaillir.
 
Nous venons donc de parler du SAGE Schéma d’Aménagement de Gestion des Eaux qui pour résumer est un document qui définit des règles de partage de la ressource en eau entre les acteurs, détermine les actions à engager pour lutter contre les crues par exemple, ceci à l’échelle de l’Arve.
Parlez-nous maintenant des actions du SM3A. Si j’ai bien compris, le SM3A est un syndicat mixte qui œuvre autour de l’eau. Pourriez-vous nous indiquer quelles sont ses compétences ?
 
C’est exact, le SAGE est l’outil qui réfléchit à 50 ans. Au quotidien, des acteurs mettent en œuvre les préconisations de celui-ci et ont obligation de s’y conformer car le SAGE est un outil règlementaire.
 
Localement, les communes, les régies, les syndicats font le maillage et protègent les nappes stratégiques. Pour les travaux qui interviennent sur les ruisseaux, les torrents et la rivière Arve, c’est le SM3A qui prend le relais pour l’ensemble des communes du bassin versant, soit 106 communes, 350 000 habitants et 350 000 lits touristiques.
 
Le SM3A intervient de manière opérationnelle pour l’entretien, pour la restauration de digues par exemple et en cas de crise comme en ce moment dans la vallée du Giffre. Ce que nous faisons sur le bassin de l’Arve est unique. C’est une première en France. Ce système mis en place chez nous est historique et l’Etat encourage nos voisins à nous imiter.
 
Dans le passé, l’eau a tué à Saint-Gervais avec la catastrophe du 12 au 13 juillet 1892 ; ce drame est un exemple. Au milieu de la nuit, les habitants de l’établissement de bains ont été soudainement réveillés par un terrible bruit semblable au grondement d’une avalanche, et ils se sont vus cernés par le torrent démesurément grossi. Le nombre des victimes a dépassé deux cents, seulement quelques personnes ont pu être sauvées.
Plus récemment, la catastrophe du plateau d’Assy, où soixante et onze personnes ont trouvé la mort. La coulée de boue meurtrière se produisit dans la nuit du 15 au 16 avril 1970.
Encore plus récemment au Grand-Bornand, le 14 juillet 1987, en fin d’après-midi, des orages peu mobiles ont éclaté sur le massif des Aravis et produit des lames d’eau très importantes en peu de temps. Ces pluies, aussi intenses que soudaines, ont déclenché une violente crue éclair du Borne, qui a emporté un camping sur son passage et causé la mort d’une vingtaine de personnes.
 
Les risques naturels font partie de l’histoire de la vallée. Le SM3A est là pour rappeler que ce qui s’est pro- duit peut se reproduire et doit être évité. Cette réflexion globale a été initiée par Michel Meylan. Votre maire Jean-Pierre Mermin a un rôle central dans l’organisation du SM3A.
 
La compétence GEMAPI - Gestion des Milieux Aquatiques et Prévention des Inondations a été transférée de l’Etat aux communes et communautés de communes. Ainsi notre CCFG a décidé de la transférer au SM3A. En quoi consiste la GEMAPI, pourquoi revêt-elle un intérêt majeur pour le bassin versant de l’Arve, et pourquoi l’avons-nous transférée au SM3A ?
 
L’Etat et les propriétaires privés étaient censés s’occuper des rivières. L’Etat ne s’en occupait plus. Les propriétaires privés ne sont pas informés ou ne résident pas sur place, aussi ils ne pensent pas avoir cette responsabilité. Résultat, plus personne ne s’occupe des cours d’eau. Lors du dernier mandat présidentiel, celui de François Hollande, le gouvernement a décidé que les communes devaient s’occuper des cours d’eau. Chez nous, les communautés de communes ont bien compris que ce n’est pas à l’échelle des communes et communautés de communes que nous arriverons à régler les problèmes, aussi elles ont décidé de transférer cette compétence au SM3A, soit 106 communes. GEPAMI est donc une compétence pour réaliser les travaux nécessaires. L’Etat a décidé pour financer ces travaux de créer une taxe, c’est la taxe GEMAPI qui finance le SM3A et qui est prélevée par foyer fiscal.
 
Nous avons connu 2 crues majeures de l’Arve en mai 2015 et janvier 2018 avec peu de dégâts finalement. Nous subissons de plein fouet les excès du change- ment climatique. En effet, cette année en janvier 2018, sont tombés 731 ml d’eau soit 731 litres par m2 alors que l’an dernier, en janvier 2017 nous avons battu le record de manque d’eau. On voit bien que plus que jamais, le comportement de nos cours d’eau a chan- gé, les crues sont rapides, violentes et fréquentes. La GEMAPI sert à nous protéger de cela.

Je voudrais que l’on évoque le niveau national. La gestion des eaux en France revient aux agences de l’eau. Il y en a 6 en France et celle qui nous concerne est la Rhône-Méditerranée-Corse. Vous venez de prendre la fonction de président de cette agence de bassin. Pouvez-vous nous expliquer ce que cela va concrète- ment apporter à notre territoire ?
 
L’agence de l’eau est une agence d’Etat qui subventionne les projets des communes. Le comité de bassin est l’organe qui vote le budget de l’agence et qui détermine les conditions dans lesquelles ces subventions doivent être distribuées. Le budget est de 480 millions d’euros par an et provient des redevances sur la consommation d’eau, vous pourrez retrouver cela sur votre facture. Cela se déroule de la façon suivante. Par exemple, Ayze et Bonneville restructurent la station d’épuration pour laquelle votre maire Jean-Pierre Mermin est le président ou bien le SM3A fait des travaux. Dans ces cas précis, il convient de demander des subventions à l’Agence de l’Eau. Le principe est simple, c’est l’eau qui finance l’eau. L’Etat, cette année, a décidé de ponctionner une partie du budget des agences donc il faudra faire avec moins. Evidemment avoir le président du bassin à côté de chez vous est un avantage. On peut imaginer que le comité de bassin va être attentif à tous les dossiers et plus particulièrement à ceux qui concernent la vallée de l’Arve.

Dernière question, Martial Saddier, quelles ont été les conséquences positives et négatives des fortes précipitations de ce début d’année ?
 
Conséquences positives : recharge significative des nappes stratégiques.
 
Conséquences négatives : la neige ayant bien fondu en altitude et compte tenu de la violence des précipitations, nous avons eu des millions d’euros de dégâts en particulier dans la vallée du Giffre. Des fonds ont été demandés à l’Agence de l’eau pour les travaux.






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